Le plan de trésorerie prévisionnel recense mois par mois toutes les entrées et sorties d'argent réelles d'une entreprise. Indispensable dès la création, il permet d'anticiper les passages à vide de liquidités et d'agir avant qu'ils ne surviennent, en intégrant délais de paiement, charges sociales, TVA et imprévus.
📑 Sommaire
Qu'est-ce qu'un plan de trésorerie ?
Le plan de trésorerie prévisionnel est un tableau qui récapitule, pour chaque mois d'une période donnée (généralement 12 mois), l'ensemble des entrées et sorties d'argent attendues. On parle aussi de prévisionnel de trésorerie ou de budget de trésorerie.
Il est distinct du compte de résultat prévisionnel, qui raisonne en produits et charges, et du plan de financement, qui couvre le financement initial. Le plan de trésorerie, lui, raisonne en flux réels : quand l'argent entre effectivement sur le compte, et quand il en sort.
Ce tableau comporte trois lignes de synthèse :
- Le total des encaissements du mois
- Le total des décaissements du mois
- Le solde de trésorerie cumulé en fin de mois
Pourquoi le plan de trésorerie est indispensable à la création
La majorité des entreprises en difficulté ne manquent pas de commandes ou de chiffre d'affaires, elles manquent de liquidités au bon moment. Une entreprise peut être rentable sur le papier et se retrouver en cessation de paiements si ses clients paient à 60 jours alors que ses fournisseurs exigent un règlement immédiat.
En phase de création, ce risque est amplifié par plusieurs facteurs :
- Les premières semaines génèrent des dépenses sans revenus correspondants
- Les délais de paiement clients peuvent être longs selon le secteur
- Certaines charges sont dues dès le lancement, indépendamment du chiffre d'affaires réalisé
- Les imprévus (retard de livraison, client qui ne paie pas) frappent plus fort sans réserve constituée
Le plan de trésorerie permet de repérer à l'avance les mois à risque, ceux où le solde risque de passer en négatif, et d'anticiper : négocier une ligne de crédit, décaler un investissement, mobiliser un apport complémentaire. C'est aussi un document attendu par les banques et les partenaires financiers lors d'une demande de financement.
Comment construire son plan de trésorerie étape par étape
La construction d'un plan de trésorerie pour la création d'entreprise suit une logique simple : on liste tout ce qui va rentrer, tout ce qui va sortir, et on calcule le solde mois par mois. Voici la méthode à suivre.
Étape 1 : définir la période couverte. Pour une création, on construit généralement un prévisionnel sur 12 mois glissants. Si votre activité est très saisonnière, un horizon de 18 à 24 mois peut être pertinent.
Étape 2 : recenser tous les encaissements attendus. Il s'agit des rentrées d'argent réelles, en tenant compte des délais de paiement. Si vous facturez en novembre avec un paiement à 30 jours, l'encaissement figure en décembre.
Étape 3 : lister tous les décaissements. Loyer, salaires, charges sociales, achats, remboursements d'emprunt, TVA à reverser… aucune sortie ne doit être omise. La TVA en particulier est souvent sous-estimée par les créateurs.
Étape 4 : calculer le solde mensuel et cumulé. Pour chaque colonne mensuelle, appliquez la logique suivante : Solde cumulé du mois = Encaissements du mois - Décaissements du mois + Solde cumulé du mois précédent. Un solde cumulé négatif en fin de mois signale un besoin de trésorerie qu'il faudra impérativement combler (par un apport, un prêt ou un découvert autorisé) avant cette date.
Étape 5 : tester des scénarios. Construisez un scénario central (hypothèses réalistes), un scénario pessimiste (chiffre d'affaires plus bas de 20 à 30 %, délais de paiement allongés) et un scénario optimiste. Cette approche permet d'identifier la marge de sécurité dont vous disposez.
Les encaissements à intégrer
Les encaissements regroupent toutes les entrées d'argent effectives sur le compte bancaire de l'entreprise. À la création, ils comprennent généralement :
- Les recettes clients, décalées selon vos conditions de règlement (comptant, 30 jours, 60 jours)
- L'apport en capital des associés ou du créateur
- Les prêts bancaires et prêts d'honneur, au moment du déblocage des fonds
- Les subventions et aides perçues (ACRE, aides régionales, dispositifs Bpifrance), au moment du versement effectif
- Les acomptes clients encaissés avant facturation finale
Un point d'attention important : les aides comme l'ACRE réduisent vos charges sociales, elles ne génèrent pas d'encaissement direct. Ne les confondez pas avec des subventions versées en numéraire.
Les décaissements à ne pas oublier
C'est souvent côté décaissements que les créateurs sous-estiment leur besoin. Voici les postes à ne pas omettre dans votre prévisionnel de trésorerie :
- Loyer et charges locatives (dépôt de garantie compris le premier mois)
- Achats de marchandises ou matières premières, avec les conditions de paiement fournisseurs
- Salaires et charges sociales patronales, en distinguant la date de versement des salaires et celle des cotisations
- Remboursement d'emprunts (capital + intérêts)
- TVA à reverser, calculée sur la base de la différence entre TVA collectée et TVA déductible
- Cotisation foncière des entreprises (CFE), exigible en fin d'année
- Assurances professionnelles et abonnements divers
- Frais d'immatriculation et honoraires liés au lancement (expert-comptable, avocat)
Les charges sociales des travailleurs non-salariés (TNS) méritent une attention particulière. En début d'activité, elles sont calculées sur une base forfaitaire, puis font l'objet d'une régularisation l'année suivante qui peut représenter un décaissement important et inattendu si on ne l'a pas provisionné.
Pour les créateurs ayant des difficultés à financer leurs premiers mois, les solutions de gestion des problèmes de trésorerie permettent d'identifier des leviers d'action concrets.
Les erreurs fréquentes à éviter
Même un prévisionnel bien construit peut comporter des biais récurrents. Voici les plus fréquents chez les créateurs :
- Confondre facturation et encaissement : une facture émise n'est pas de l'argent disponible. Intégrez toujours les délais de paiement réels
- Oublier la TVA : si vous êtes soumis à la TVA, vous collectez de l'argent qui ne vous appartient pas. Ne le comptez pas comme une ressource disponible
- Surestimer le chiffre d'affaires des premiers mois : la montée en charge commerciale prend du temps, souvent plus que prévu
- Ne pas prévoir de réserve de sécurité : un coussin de un à trois mois de charges fixes est recommandé pour absorber les imprévus
- Ne pas mettre à jour le tableau : un prévisionnel figé perd sa valeur rapidement. Il doit être comparé aux réalisations chaque mois
Le choix du statut juridique influence directement la structure de vos charges sociales et fiscales, et donc vos décaissements. Si vous hésitez encore sur votre forme juridique, noter ressource choisir son statut juridique présente les principales options et leurs implications financières.
Questions fréquentes
Le plan de trésorerie est-il obligatoire pour créer une entreprise ?
Il n'est pas imposé par la loi pour toutes les formes juridiques, mais il est systématiquement demandé par les banques dans le cadre d'une demande de prêt professionnel. Pour les sociétés de taille significative, il fait partie du dossier de création attendu par les partenaires financiers.
Quelle différence entre plan de trésorerie et plan de financement ?
Le plan de financement couvre le financement initial de la création (besoins durables et ressources durables). Le plan de trésorerie, lui, suit les flux réels mois par mois sur l'exploitation courante. Les deux sont complémentaires et font partie du prévisionnel financier complet.
Sur combien de mois doit-on construire son plan de trésorerie ?
Pour une création d'entreprise, 12 mois est la norme. Un horizon de 24 mois est pertinent pour les projets nécessitant un investissement important ou dont la montée en charge commerciale est progressive.
Faut-il un expert-comptable pour construire son plan de trésorerie ?
Un créateur peut construire son plan de trésorerie seul à l'aide d'un tableur, notamment pour une activité simple. L'accompagnement d'un expert-comptable est conseillé dès que le projet implique plusieurs associés, des emprunts importants, de la TVA ou des salariés dès le démarrage.
Comment gérer un solde négatif identifié dans le prévisionnel ?
Un solde négatif détecté en amont est une information précieuse : il permet de négocier une ligne de crédit à l'avance, de mobiliser un apport complémentaire ou de décaler un investissement non urgent. Repérer ce risque trop tard, une fois le solde négatif réalisé, laisse beaucoup moins de marges de manœuvre.
