La dernière édition des Rencontres ITER datait d’il y a trois ans, en septembre 2023. Mais à Saint-Paul-lez-Durance, le projet ITER a encore évolué, dans un calendrier et une organisation renouvelés sous l’impulsion du directeur général d’ITER Organization, Pietro Barabaschi. Ces avancées génèrent des besoins de solutions technologiques et de compétences spécifiques. Comme l’a résumé Fabrice Raynal, directeur de l’agence ITER France, ITER fait face à des « obstacles réels » mais réalise « des progrès constants ». Lancé en 2007, ITER vise à offrir à la planète et l’humanité une source d’énergie inépuisable, en fusionnant des atomes de deutérium et tritium, au sein d’un réacteur gigantesque (plus d’un million de composants !), toujours en construction à Cadarache grâce à un partenariat international inédit qui résiste aux soubresauts du contexte géopolitique, en rassemblant autour d’une même ambition scientifique, Union Européenne, États-Unis, Chine, Russie, Corée du Sud, Inde et Japon.
« ITER crée un chemin vers la 1ʳᵉ installation de fusion autorisée en exploitation. Mais c’est un itinéraire long avec beaucoup d’intervenants » explique le responsable du programme « Construction des bâtiments et management du site » d’ITER Organization, Yves Belpomo, en soulignant que 550 entreprises sous-traitantes interviennent déjà sur le projet mais que la direction entend toujours déployer d’autres partenariats industriels. Sous condition de respecter des règles strictes dans l’accès aux appels d’offres ainsi que l’a mentionné William de Cat, manager des opérations à la division « marchés » d’Iter Organization, au fur et à mesure qu’il détaillait les différentes procédures (appels d’offres ouverts ou restreints, gré à gré, dialogue compétitif…). « En 2026, il y a 117 marchés à attribuer dont 47 pour des montants jusqu’à 400 000 euros, il y en aura encore 84 en 2027 » dit-il.
Organisées par le CEA, l’agence ITER France et le réseau des CCI de Provence-Alpes-Côte d’Azur et placé sous le haut Patronage de Roland Lescure, ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, les Rencontres ITER ont attiré plus de 460 entreprises de la filière industrielle à l’ENSOSP d’Aix-en-Provence le 7 juillet. Ce succès de fréquentation prouve l’intérêt qu’ils portent toujours au projet de réacteur international expérimental de fusion nucléaire, en construction à Cadarache. « Les compétences recherchées sont multiples, les portes ouvertes aux entreprises régionales, quelle que soit leur taille ou leur secteur d’activité » a rappelé le président de la CCI Aix-Marseille-Provence, Jean-Luc Chauvin. Les échanges ont démontré qu’il y a toujours des savoir-faire et des technologies à valoriser auprès d’ITER Organization, de l’agence européenne Fusion 4 Energy ou des groupes et consortium déjà impliqués… Et des bénéfices à en tirer pour l’essor de son entreprise !
Pour F4E, ITER, doit contribuer à la structuration d’une filière industrielle dédiée à la fusion nucléaire. « La volonté de la commission européenne est d’y mettre les moyens » assure Mehdi Daval, son représentant du département achats et contrats. Mais pour l’heure, bien loin des sommes engagées par les Etats-Unis ou la Chine qui, à eux deux, représentent 85% du financement total privé consacré dans le monde à la fusion… Pour les PME qui souhaitent se positionner, auprès de l’agence F4E ou de donneurs d’ordres, il importe d’utiliser les outils et portails mis à leur disposition pour s’informer sur les appels d’offres à venir (www.iter.org, https://fusionforenergy.europa.eu/), faire référencer leur savoir-faire, côtoyer d’autres industriels (ils sont 2 700 dans la base de données F4E, 70 dans l’association européenne de fusion sur toute la chaîne de valeur, plus de 350 dans le Comité Industriel ITER en France…) ou espérer s’intégrer dans la future stratégie européenne sur la fusion…
« Il y a des enjeux sur le cycle du combustible, de gros efforts à accomplir dans le diagnostic, les matériaux, les aimants, le plasma, l’intelligence artificielle… Sur tous les systèmes au stade de prototype qui sont au cœur de la fusion » indique Eric Giguet, au nom de l’association européenne de fusion, mise sur pied en 2024. Plusieurs entreprises ont exposé les prestations qu’elles fournissent sur ITER, comme Bertin Technologies, CSTI Group, Framatome, Amentum, Wesinghouse… CSTI réalise 27 millions de chiffre d’affaires et emploie 270 collaborateurs en se présentant comme un « ensemblier industriel à forte dominance nucléaire » après avoir débuté son aventure dans la chaudronnerie voici 40 ans. « Il y a de la place pour tout le monde sur ITER, nous en sommes la preuve. Quand on prend un premier marché, on peut en remporter d’autres » affirme Bertrand Puaux, directeur des ventes et du marketing.
C’est en 2033-2034 que devrait débuter la transition de la construction vers la préparation opérationnelle du réacteur à sa mission future. Mais ensuite, viendront les besoins liés à l’exploitation, à l’entretien des installations, à la maintenance (systèmes industriels, réseaux, circuits…). Fusion for Energy détaille une étude effectuée auprès des cocontractants d’ITER qui invite à oser : 80% affirment avoir gagné en visibilité et crédibilité, 50% ont développé de nouvelles relations avec les acteurs de la fusion, 47% en ont tiré une augmentation de leur chiffre d’affaires, 28% de leurs bénéfices pour seulement 16% qui déclarent une perte économique.
Ces rencontres, organisées en partenariat avec Actual Groupe, LCL, La French Tech Aix-Marseille Région Sud, Barreau d'Aix-en-Provence, Mediaco, ont permis l’organisation de près de 500 RDV d’affaires pour saisir toutes opportunités de marché à l’heure ou les primo contractants du projet ITER sont en recherche de partenaires locaux pour des contrats de sous traitance. Ces derniers ont également profité de ce rendez-vous pour sourcer des fournisseurs au-delà du seul projet ITER, ouvrant ainsi des perspectives élargies pour nos ressortissants. »