L’été 2026 l’a démontré : 1 emploi sur 5 est exposé aux risques de forte chaleur et toute l’économie ralentit en pleine canicule. Cet automne, des pluies diluviennes ont déjà provoqué des inondations et de lourds dégâts. « J’entends trop des dirigeants dire « Je n’ai pas le temps, pas les équipes, pas les moyens, pour m’en occuper » ! Notre CCI accompagne sur le diagnostic pour identifier ses vulnérabilités, connecte avec des experts pour établir un plan d’action et oriente vers les financements qui rendent les projets possibles. La transition énergétique et écologique est un marché. Prévenir et agir, ça rapporte ! » souligne Jean-Luc Chauvin, en précisant que, selon la Caisse Nationale de Réassurance, 1 euro investi dans la prévention évite 8 euros de dommages.
Les solutions existent en Provence. « Aucun autre territoire n’affiche une telle dynamique pour aider à mieux comprendre et appréhender ces mutations et donner des outils pour agir » conforte de son regard national, Sylvie Bonello, déléguée générale de la Fondation MMA Entrepreneurs du Futur. Le changement de modèle impose une adaptation des comportements individuels et un engagement collectif. « Il faut avancer ensemble » résume Michel Estève, président de l’ATEE, association née en 1978, après le premier choc pétrolier, et forte de 2 800 adhérents.
Pour décarboner sites et activités, Guillaume Prot (GRDF) a relaté les impacts positifs de l’installation de systèmes hybrides, comme une pompe à chaleur avec une chaudière gaz, afin de se rendre moins dépendant des variations tarifaires du gaz sur les marchés. « Sur une collectivité, remplacer une des deux chaudières par une pompe à chaleur couvrant seulement 25% de la puissance installée maximale, 82% des besoins thermiques ont été couverts. La première année, la consommation a chuté de 25%, la deuxième année, - 65% » dit-il. La valorisation des chaleurs fatales est une autre piste porteuse à explorer.
Se réjouissant de la montée en puissance de l’électrification, Thierry Vanderdonckt (EDF) a relaté, pour sa part, comment un « système vertueux » a pu s’instaurer à Marseille par l’implantation d’un réseau de chaleur associant la Résidence Saint-Thys, le lycée voisin et un cours d’eau. « Un tel réseau est duplicable pour réchauffer des logements avec les eaux chaudes évacuées par un datacenter » assure-t-il. Quant à Hamza Chaibi, responsable de la plateforme logistique de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (APHM), il a expliqué que la mutualisation paie sur ce site de 48 000 m2 où transitent les flux de blanchisserie, restauration, stérilisation, transports, utiles aux établissements de santé. « L’objectif était d’aller le plus loin possible sur tous les sujets. Les consommations énergétiques ont baissé de 25%. Sur les carburants, les économies totales approchent les 400 000 euros. Mais il faut du temps pour développer de tels projets et surtout bien les piloter ».
Les échanges autour d’une meilleure gestion de l’eau s’ancrent tout autant dans la réalité de terrain. Les principaux enseignements de l’étude La filière Eau en Provence-Alpes-Côte d’Azur réalisée en 2026 par le réseau des CCI de Provence-Alpes-Côte d'Azur et la Région Sud en partenariat avec le pôle de compétitivité Aqua-Valley et le cluster Éa éco-entreprises, ont été détaillés par les experts de la CCIAMP. Cela montre combien la filière de l’eau est « stratégique » pour l’industrie, l’agriculture, le tourisme, la santé et la population, mais aussi par ses retombées économiques : 1 500 sociétés, 9 500 emplois et 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires constituent le « cœur de filière » auxquels s’ajoutent plus de 10 300 entreprises, près de 26 000 emplois et près de 5 milliards de chiffre d’affaires si l’on comptabilise leur écosystème.
Les obligations pèsent de plus en plus lourd sur les entreprises pour les inciter à la sobriété, à préserver la qualité de l’eau, à lutter contre les fuites, voire à réutiliser la ressource. « Changement climatique et réglementation structurent tout l’avenir du marché de l’eau » soulignent Claudie Bousquet et Christophe Lowezanin, experts de CCI VisionECo, le pôle études de la CCIAMP. Ils invitent les entreprises à une approche « holistique » de tous leurs questionnements sur l’eau, l’énergie et la biodiversité, en mobilisant les technologies disponibles : IA, capteurs, données, internet des objets, traitement avancé, jumeaux numériques, maintenance prédictive… Pour Pascal Laurens (Société des Eaux de Marseille), le retour sur investissement peut être rapide : « Une société a réussi à baisser ses consommations de plus de 50% en identifiant des fuites et ses équipements les plus gourmands en eau ». A ses yeux, la France a encore beaucoup de retard à rattraper par rapport à ses voisins espagnol et italien dans la réutilisation des eaux pour l’arrosage d’espaces verts, la défense incendie, au lieu d’utiliser de l’eau potable.
La prise de conscience progresse néanmoins. Florence Barbier (John Cockerill, société de services à l’industrie) a sollicité la CCIAMP pour opérer ses premiers diagnostics afin de mieux cerner « les sensibilités climatiques » (canicule, vent fort, précipitations violentes…) de son site de Martigues et dérouler un plan d’action à court et moyen terme. « On veut devenir une entreprise plus résiliente » glisse-t-elle.
Au nom de l’EPAGE-HuCA, sur la vallée de l’Huveaune, qui porte le dispositif « Inond’Action », François Chappaz rappelle que 150 000 emplois sont exposés à une crise majeure sur 76 communes de la métropole marseillaise. Malgré les aides aux entreprises de moins de 20 salariés, malgré la gratuité du diagnostic, il déplore que beaucoup tardent à agir alors que de petits équipements de protection (batardeaux, clapets anti-retour sur des canalisations, obturateurs temporaires sur des aérations basses…) suffisent souvent à se prémunir d’inondations. Bertrand Cargill (WSP) raconte comment, à Aix-en-Provence, le Technocentre de la Parade (centre de collecte d’ordures ménagères) a intégré dans sa conception même sa prévention de risques très divers : inondation, chaleur, séisme, argiles… Il a été bâti sur pilotis, avec des façades bois-paille, une ventilation naturelle, des toitures végétalisées… « Et 73% des consommations d’eau du site sont récupérées ou recyclées » souligne-t-il.
Quant aux moyens à engager, la variété des aides financières allège la dépense. La CCIAMP sert de point d’entrée pour proposer les possibilités en fonction de sa situation (Clima’Diag Expert, Rés’Eau, Mon parcours Economie d’Energie, Formation Management de l’Energie en Industrie, …).
« Pour détecter risques et besoins, les visites sur site offrent une vraie vision à 360° » indique Agnès Saladelle (CCIAMP). Pour Gaëtan Quaresma (ADEME), « il existe plein d’outils à disposition pour construire et conduire sa trajectoire de transition dans la décarbonation, les mobilités, l’économie circulaire… ». L’ADEME a mis sur pied la plateforme « Agir pour la transition » qui favorise leur repérage. L’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse en propose également, parfois avec des objectifs d’économies à réaliser (au moins 2 000 m3 d’eau pour un investissement minimum de 10 000 euros), d’autres sans, dès lors qu’on s’inscrit dans un dispositif plus collectif. Jusqu’en 2030, l’Agence dispose de 520 millions d’euros par an à investir pour accélérer les transformations. « L’ambition est d’avoir un effet de masse sur les économies d’eau. La connaissance de ses consommations est indispensable pour bien évaluer ce qui est économisé » note Anne-Sophie Jausserand. « Certes, il faut investir. Mais c’est le plus rentable qu’une entreprise puisse faire pour anticiper sa résilience » insiste Jean-Luc Chauvin.
Au-delà des conférences et retours d'expérience, les participants à l’événement ont pu rencontrer des grands acheteurs, parmi lesquels la Métropole Aix-Marseille-Provence, la Société des Eaux de Marseille, GRDF et Dalkia, lors de sessions de speed business meetings dédiée. L'espace exposants a permis de mettre en avant les savoir-faire et innovations du territoire en matière de gestion de l'eau, d'efficacité énergétique, de décarbonation et d'adaptation au changement climatique, facilitant ainsi les mises en relation et l'émergence de nouvelles collaborations.
Dans le cadre du programme LIFE EcoSMEnergy, un atelier participatif a permis aux entreprises industrielles ayant un projet ou une démarche de transition énergétique et/ou de décarbonation de découvrir les aides proposées par Bpifrance, l’ADEME et la Région Sud. Solutions eau et énergie a également offert de nombreuses opportunités de networking entre dirigeants, experts, institutionnels et offreurs de solutions, permettant de partager bonnes pratiques et projets concrets.