> Reprendre une entreprise en difficulté - Risques et opportunités
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Reprise d'entreprise en difficulté : étapes, enjeux et pièges à éviter

Reprendre une entreprise en difficulté permet d'acquérir des actifs à prix réduit et une activité déjà constituée, à condition de mener un audit rigoureux pour distinguer difficultés conjoncturelles et structurelles. La réussite se joue autant dans la qualité du plan de relance que dans l'accompagnement par des experts spécialisés.

 

📑 Sommaire

 

Qu'est-ce qu'une entreprise en difficulté ?

Une entreprise en difficulté est une structure qui ne parvient plus à faire face normalement à ses obligations financières, commerciales ou organisationnelles. Les causes peuvent être nombreuses : baisse du chiffre d'affaires, perte d'un client clé, mauvaise gestion, investissements mal calibrés, contexte économique défavorable ou mutation rapide du marché.

 

Il faut distinguer deux types de difficultés avant toute décision de reprise :

  • Les difficultés conjoncturelles : liées à un contexte passager (crise sectorielle, perte temporaire de clients, dirigeant en transition). Les fondamentaux de l'entreprise restent solides. C'est souvent le terrain le plus favorable pour un repreneur
  • Les difficultés structurelles : liées à un modèle économique obsolète, un marché en déclin ou une dette insurmontable. Ces situations nécessitent une analyse bien plus approfondie et un plan de transformation ambitieux

 

Seule une entreprise encore viable mérite une reprise. L'enjeu premier de toute démarche est donc de déterminer si les difficultés sont surmontables.

 

Les différents niveaux de difficulté

Toutes les entreprises en difficulté ne sont pas logées à la même enseigne. Avant toute décision, il est essentiel de distinguer les différents stades possibles.

 

Les difficultés préventives. L'entreprise est encore viable mais fragilisée : baisse de rentabilité, retards de paiement, perte de clients clés, management en transition. Elle n'a pas encore atteint le seuil de cessation de paiements. Pour un repreneur, c'est souvent le moment idéal d'intervenir : les équipes sont en place, les outils fonctionnels, et le potentiel de redressement rapide est réel.

 

Le redressement judiciaire. L'entreprise est en état de cessation de paiements. Le tribunal de commerce ouvre une procédure dont l'objectif est de sauver l'activité et d'apurer les dettes. La cession à un repreneur extérieur est possible et même encouragée pour préserver les emplois. Avantage majeur : le repreneur peut reprendre tout ou partie des actifs ou des contrats autorisés par le tribunal, sans reprendre le passif antérieur, sous réserve des règles applicables à la procédure.

 

La liquidation judiciaire. Le redressement n'a pas été possible. En liquidation judiciaire, l'activité cesse en principe, et les actifs sont réalisés par le liquidateur pour désintéresser les créanciers. Les actifs (machines, fonds de commerce, brevets, fichiers clients, locaux) peuvent néanmoins être repris séparément. Cette "reprise d'actifs isolés" s'adresse plutôt aux repreneurs expérimentés, capables d'évaluer finement le potentiel réel des biens.

 

Pourquoi reprendre une entreprise en difficulté ?

Reprendre une entreprise fragilisée n'est pas "jouer les pompiers" : c'est saisir une opportunité que peu d'acteurs savent identifier et valoriser.

 

  • Un prix d'acquisition attractif. Une entreprise en difficulté est souvent cédée bien en dessous de sa valeur réelle. Cela permet d'accéder à des actifs stratégiques (équipements, locaux, brevets, portefeuille clients) à un coût inaccessible dans le cadre d'une reprise classique
  • Une activité déjà constituée. Contrairement à une création ex nihilo, la reprise offre une clientèle existante, une notoriété locale, une organisation en place et un savoir-faire opérationnel. Autant d'éléments qui accélèrent le retour à la rentabilité
  • Un levier de croissance externe. Pour un entrepreneur déjà implanté, reprendre une entreprise en difficulté peut permettre de récupérer des parts de marché, d'accéder à une technologie, d'absorber un concurrent ou de renforcer sa présence régionale
  • Un impact sociétal fort. Préserver des emplois, maintenir une activité locale et redonner du sens à un projet économique : cette dimension est prise en compte par les réseaux d'accompagnement, les collectivités et les financeurs, qui peuvent proposer des dispositifs spécifiques

 

Le cadre juridique : procédures amiables et collectives

La reprise d'une entreprise en difficulté s'inscrit dans un cadre juridique précis, celui des procédures collectives. Il est indispensable de le comprendre pour savoir à quelle étape intervenir et dans quelles conditions.

 

Les procédures amiables s'appliquent lorsque l'entreprise n'est pas encore en cessation de paiements. Elles sont confidentielles et initiées par le dirigeant :

  • Le mandat ad-hoc : un mandataire est désigné pour assister le dirigeant dans ses négociations avec les créanciers
  • La conciliation : une période de 4 mois (prorogeable) pour trouver un accord amiable avec les créanciers sur des délais de paiement ou des remises de dettes

 

Les procédures collectives interviennent lorsque les difficultés sont plus avancées :

  • La sauvegarde : l'entreprise n'est pas en cessation de paiements mais ne peut pas surmonter ses difficultés seule. Elle continue son activité pendant une période d'observation de 6 mois (renouvelable) pour élaborer un plan de sauvegarde. Cette procédure débouche en principe sur un plan de sauvegarde, même si des cessions partielles d'actifs peuvent intervenir selon les cas
  • Le redressement judiciaire : l'entreprise est en cessation de paiements. L'activité se poursuit pendant une période d'observation de 6 mois (18 mois max). Un plan de redressement est élaboré, mais la cession à un repreneur externe reste possible dès l'ouverture de la procédure
  • La liquidation judiciaire : le redressement est impossible. Un liquidateur vend les actifs pour rembourser les créanciers. La reprise partielle ou globale des actifs par un tiers est possible et souvent encouragée pour préserver l'emploi

 

Depuis la mise en place des tribunaux des activités économiques dans les ressorts concernés, certaines demandes sont déposées devant ces juridictions selon le calendrier de déploiement en vigueur. Le calendrier des audiences est consultable sur infogreffe.fr.

 

L'audit : étape incontournable avant toute décision

L'audit d'une entreprise en difficulté est plus complexe qu'un audit classique. Il conditionne pourtant toute la suite : c'est lui qui permet de distinguer une vraie opportunité d'un faux bon plan.

 

Le diagnostic financier est le point de départ. Il s'agit d'analyser les 3 derniers bilans, les comptes de résultats, la trésorerie, les dettes fournisseurs et bancaires, les créances en retard. Savoir lire et comprendre les états financiers d'une entreprise est une compétence indispensable pour évaluer la réalité de la situation sans dépendre entièrement de ses conseils.

 

L'audit des contrats couvre les baux commerciaux, les contrats de travail, les accords fournisseurs et clients, les licences d'exploitation. Aucune zone d'ombre ne doit subsister avant la signature.

 

L'évaluation des actifs porte sur le matériel, les locaux, les brevets, les stocks et les éléments immatériels (marque, fichiers clients, savoir-faire). Certains actifs peuvent être sous-évalués, d'autres obsolètes.

 

Le diagnostic humain est souvent négligé. Rencontrer les équipes permet d'évaluer le climat social, d'identifier les compétences clés à retenir et d'anticiper les risques de départ lors du changement de direction.

 

Le diagnostic externe (analyse PESTEL, étude de la concurrence, évaluation du marché) complète le tableau en identifiant si les difficultés sont liées à des facteurs internes corrigeables ou à des tendances de fond irréversibles.

 

Construire un plan de relance solide

Un repreneur sans plan de relance structuré est condamné à l'échec. Ce plan doit être réaliste, documenté et convaincant : il sera examiné par le tribunal, les banques et les partenaires financiers.

 

Les axes d'un bon plan de relance :

  • Repositionnement commercial : ajustement de l'offre, ciblage de nouveaux segments, relance de la prospection
  • Optimisation financière : plan de réduction des coûts, négociation de délais avec les créanciers, sécurisation de la trésorerie
  • Restructuration organisationnelle : réorganisation des équipes, identification des compétences à renforcer
  • Communication interne et externe : rassurer les équipes, les clients et les fournisseurs sur la continuité de l'activité sous la nouvelle direction
  • Modernisation des outils : investissement dans les outils de gestion, de production ou de digitalisation si nécessaire

 

La phase post-reprise est souvent plus décisive que la reprise elle-même : les six à douze premiers mois sont déterminants. Élaborer un business plan solide et crédible est la condition pour obtenir l'adhésion du tribunal, des financeurs et des équipes.

 

Financer la reprise

Le financement d'une reprise en difficulté est plus complexe qu'une reprise classique : les banques sont souvent réticentes à soutenir une structure déficitaire. Plusieurs leviers existent néanmoins :

 

  • Apport personnel : généralement plus important que dans une reprise classique pour rassurer les partenaires financiers
  • Crédit-vendeur : paiement différé accordé par le cédant ou le mandataire judiciaire, qui étale le prix de cession dans le temps
  • Bpifrance : propose des financements spécifiques pour les entreprises en difficulté et les repreneurs
  • Prêts d'honneur : Initiative France et Réseau Entreprendre proposent des prêts à taux zéro qui renforcent les fonds propres et facilitent l'accès au crédit bancaire
  • Fonds de revitalisation : certains territoires proposent des aides financières pour préserver l'emploi local
  • Subventions régionales : certaines régions accordent des aides spécifiques aux repreneurs d'entreprises en difficulté

 

Un tour d'horizon complet des aides et financements disponibles pour les entrepreneurs permet d'identifier les dispositifs mobilisables selon le profil du repreneur et la nature du projet.

 

Les pièges à éviter

  • Sous-estimer les dettes cachées. Les dettes non déclarées, les engagements hors bilan ou les créances douteuses peuvent transformer une opportunité en gouffre financier. L'audit doit être exhaustif
  • Se précipiter sur le périmètre de l'offre. Dans une procédure collective, le temps est limité entre la connaissance de l'opportunité et le dépôt de l'offre. Mieux vaut reprendre un périmètre restreint mais maîtrisé qu'un ensemble trop large
  • Négliger le capital humain. La démotivation des équipes, la perte de confiance des clients et des fournisseurs peuvent rendre le redressement impossible même si les actifs sont intacts. L'accompagnement humain est aussi important que le plan financier
  • Ignorer la réputation en ligne. Avant toute reprise, il est indispensable d'évaluer ce que disent les clients et partenaires sur l'entreprise en ligne : avis Google, forums professionnels, réseaux sociaux. Une e-réputation très dégradée complique sérieusement la relance commerciale
  • Se passer de conseils spécialisés. Un avocat spécialisé en procédures collectives et un expert-comptable sont indispensables. Leur connaissance du processus permet d'éviter les pièges juridiques et d'anticiper la pratique du tribunal

 

Accompagnement et ressources disponibles

La reprise d'une entreprise en difficulté ne s'improvise pas seul. De nombreuses structures peuvent accompagner le repreneur à chaque étape :

 

  • La CCI : conseil personnalisé, mise en relation avec des experts spécialisés en transmission-reprise, accès à des annonces d'entreprises à céder sur le territoire
  • Le tribunal de commerce : source d'information sur les entreprises en redressement judiciaire, accès aux dossiers via les administrateurs judiciaires
  • Actify : plateforme du Conseil national des administrateurs judiciaires et mandataires judiciaires, référençant les entreprises en procédure collective à reprendre
  • Infogreffe : calendrier des audiences et des jugements, informations sur les procédures en cours
  • Réseau Entreprendre, Initiative France, BGE : accompagnement humain, financement et coaching de repreneurs

 

Pour identifier des entreprises à reprendre sur le territoire Aix-Marseille-Provence, la CCIAMP recense les opportunités disponibles et accompagne les repreneurs dans leur démarche.

 

Pour les repreneurs qui souhaitent également explorer d'autres formes de reprise, notre guide sur comment reprendre un commerce détaille les étapes et spécificités d'une reprise de fonds de commerce.

 

Questions fréquentes

Peut-on reprendre une entreprise en liquidation judiciaire ?

Oui. Lors d'une liquidation judiciaire, le tribunal peut autoriser la cession globale ou partielle des actifs de l'entreprise pour préserver l'activité et l'emploi. Le repreneur rachète alors des actifs isolés (machines, fonds de commerce, brevets, contrats) sans reprendre les dettes. Attention : l'ancien dirigeant, ses proches et les contrôleurs de la procédure ne peuvent pas présenter d'offre de reprise.

 

Quels sont les avantages de reprendre une entreprise en redressement judiciaire ?

Le principal avantage est de pouvoir racheter les actifs sans reprendre le passif. Le repreneur repart sur des bases saines, avec une clientèle existante, des équipes en place et des outils opérationnels, à un prix généralement inférieur à la valeur réelle. En contrepartie, il s'engage sur des objectifs de maintien de l'emploi et de poursuite de l'activité examinés par le tribunal.

 

Combien de temps dure une procédure de redressement judiciaire ?

La période d'observation dure 6 mois, renouvelable une fois (12 mois maximum, exceptionnellement 18 mois sur demande du procureur). C'est pendant cette période que les offres de reprise peuvent être déposées et examinées par le tribunal.

 

Faut-il obligatoirement reprendre les salariés lors d'une reprise en difficulté ?

Dans le cadre d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire, le repreneur choisit les contrats de travail qu'il souhaite maintenir, dans les limites fixées par le tribunal. Il n'est pas obligé de reprendre l'ensemble des salariés, mais ses engagements en matière d'emploi sont un critère important dans l'évaluation de son offre par le tribunal.