> Attractiv’Industrie décortique les besoins en compétences d’une industrie décarbonée | CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence
Aller au menu de navigation Aller au menu de navigation Aller au contenu principal Aller au fil d'ariane Aller au pied de page
1er accélérateur des 146 000 entreprises de la Métropole

Attractiv’Industrie décortique les besoins en compétences d’une industrie décarbonée

La CCI Aix-Marseille-Provence a réuni, ce 22 octobre au Palais de la Bourse, les acteurs du territoire afin de partager les enseignements d’Attractiv’Industrie, consacrée à l’anticipation des besoins en emplois et compétences nécessaires à la réussite de la décarbonation de l’industrie et au développement de nouveaux projets industriels sur le territoire, menée avec la contribution de 130 industriels, collectivités, services de l’État, fédérations professionnelles, opérateurs de l’emploi et de la formation, ainsi que du monde académique
1-Attractiv-Industrie-décortique-les-besoins-en-compétences-d’une-industrie-décarbonée.jpg
Vendredi 23 octobre 2026

Pour Jean-Luc Chauvin, Président de la CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence, « il y a une vraie inquiétude dans la jeunesse, c’est une réalité. La réponse réside dans le travail, pas dans le désordre, et l’industrie du territoire s’apprête à en offrir à très grande échelle avec des métiers bien rémunérés et porteurs de sens. Sur l’énergie comme les compétences, il ne faut pas rater le virage ». 


Soutenue par le Fonds pour une  Transition Juste de l’Union Européenne, « Attractiv’Industrie » résulte d’une démarche portée par la CCI Aix-Marseille-Provence durant 18 mois. Elle visait à appréhender avec précision l’impact de la décarbonation et de la transition écologique sur les emplois et compétences liés aux activités industrielles des Bouches-du-Rhône. 

 

L’approche a consisté d’une part à la réalisation d’études sectorielles relatives aux filières appelées à se décarboner et à leurs projets (1), d’autre part, à analyser, comprendre, quantifier et qualifier les transformations engendrées sur les métiers, les compétences et l’offre de formation. « Comme une Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences Territoriale » indique Géraldine Zana, directrice du projet de la CCI, mais en élargissant l’inventaire aux problématiques d’attractivité des talents, de mobilités et de logement des salariés… 


Une force face à trois défis

Une cinquantaine d’industriels a participé au diagnostic et contribué à définir une vision, des recommandations et des priorités d’action sur un éventail étendu d’activités (conception, installation, production, maintenance, ...) afin d’adapter l’offre de formation. Dans le département, l’industrie représente 87 000 emplois et 3 600 établissements dont 266 de plus de 50 salariés. 

 

Elle se confronte à une concurrence internationale accrue où la Chine a conquis une place majeure (25% de l’industrie manufacturière mondiale contre 5% en 1995), à des prix de l’énergie élevés (+ 96% pour le gaz et + 66% pour l’électricité depuis 2017) et à la perspective d’un resserrement démographique qui devrait se concrétiser dans les Bouches-du-Rhône par 20 000 départs en retraite d’ici 2036, soit le quart des effectifs actuels ! 


Des tensions à apaiser pour se verdir

Si la concrétisation des projets annoncés dépend de la quête de moyens financiers, la préparation des compétences qu’ils solliciteront doit commencer dès maintenant. Repreneur de l’ex-usine Ascometal à Fos, Marcegaglia annonce 700 emplois supplémentaires pour moderniser et étendre ses installations, avec une nouvelle aciérie, un laminage à chaud, un four électrique... 

 

Pour son directeur, Jacques-Yves Le Floch, les recrutements toucheront ingénieurs, cadres, techniciens, opérateurs... « Nous embaucherons en sortie de BTS, mais nous aurons besoin de personnels expérimentés pour encadrer les nouveaux arrivants ». L’essor de l’intelligence artificielle va modifier certains postes. « Les métiers restent similaires sur l’opération des sites industriels, mais ils se verdissent. N’oublions pas non plus les enjeux de compétences sur les phases de chantiers ! » ajoute Aude Humbert, directrice du projet H4 qui doit produire à Fos les carburants décarbonés du futur pour l’aviation. 

 

Au nom de France Chimie Méditerranée, Stéphane Bergamini évoque la recherche de spécialistes climatiques, de l’efficience énergétique, de la comptabilité carbone… Président d’Enogia à Marseille, Arthur Leroux confirme que la décarbonation va impliquer des expertises pour toujours plus de sobriété, d’économies de ressources dans les nouveaux procédés, mais aussi un désir de mobilité internationale et de gestion de projet en autonomie pour les recrutés afin d’aller gagner et mettre en œuvre des marchés à l’export. 


Elargir les horizons pour attirer et convaincre

Délégué de RTE Méditerranée, Gilles Odone relève déjà des manques sur le transport d’énergie en amont des projets, par exemple sur la conduite de procédures administratives et environnementales, et en aval pour « une agilité d’exploitation », la sécurité des installations et réseaux puis leur entretien. 

 

Face aux carences de la formation dans le domaine de l’hydrogène, GravitHy a participé à l’expérimentation d’un dispositif de « micro-certification »portée par la CCIAMP et l'Institut des Talents John Cockerill. Réalisée en octobre auprès d'ingénieurs, elle visait à valider des compétences de maintenance adaptées aux futurs environnements industriels intégrant l'hydrogène bas carbone.


« Il va falloir faire un gros travail sur l’attractivité des métiers, auprès des jeunes et de personnes en reconversion, en intégrant toute la zone marseillaise qui méconnaît ce qui se passe sur le môle central à Fos » alerte Benjamin Perdreau, son directeur ancrage territorial.


Des viviers multiples à explorer et exploiter

« Attractiv’Industrie » cible les espoirs d’une sécurisation du socle des compétences pour l’exploitation ou la maintenance d’usines ainsi que des points critiques à 2030, compte tenu des pyramides des âges et des concurrences intersectorielles, dans les automatismes, l’instrumentation, les process avancés, l’optimisation énergétique et celles qu’il va falloir aborder dans l’hydrogène, le captage de carbone, les données industrielles… 

 

Des métiers enregistrent 75 à 100% de tension (tuyauteurs, soudeurs, maintenance…). Pour les alléger, les exigences portent sur l’accélération de l’alternance et du tutorat, l’adaptation des formations initiale et continue, l’amélioration de la transmission de savoir-faire, l’ouverture à de nouveaux viviers de recrutement, les femmes (30% des emplois industriels seulement), les séniors, voire les personnes sans CV, comme le souligne Emmanuelle Germani, vice-présidente nationale de l’ANDRH)… 

 

Les différents acteurs interrogés réclament une « coopération élargie » pour avancer plus efficacement et une levée des « freins périphériques » à l’emploi, comme la mobilité ou le logement. Sur ce sujet, la mise en application du Projet Partenarial d’Aménagement (PPA) de Fos-Berre progresse. « 70% des actions sont engagées » assure Pierre Franc, délégué à la transformation industrielle, écologique et énergétique de la zone de Fos-Berre, auprès du Préfet de région Provence-Alpes-Côte d'Azur


Mieux vivre l’industrie de l’intérieur

TPE et PME industrielles veulent être mieux entendues car les grands groupes captent prioritairement diplômés et talents expérimentés. Gérard Ciannarella (OPCO-2i) souligne les liens déjà établis mais souhaite plus de réactivité. Pour favoriser la découverte des métiers, outre la plateforme numérique « Forindustrie » des collèges aux étudiants et demandeurs d’emploi, l’UIMM Alpes-Méditerranée déploie les possibilités d’immersion en entreprise. 

 

« Parce que l’industrie, c’est toucher, voir et comprendre » dit Sébastien Ricci. Guillaume Sagot (France Travail) l’observe aussi avec les effets positifs des « préparations opérationnelles à l’emploi » qui intègrent une part d’immersion : le dispositif atteint un taux de retour à l’emploi à six mois dans l’industrie de 87% sur le millier financé ! 

 

Pour susciter la curiosité au plus tôt et donner envie, Laurent Lucchini (Rectorat) invite les industriels à s’appuyer sur les « bureaux des entreprises » des lycées professionnels afin de valoriser leurs métiers. Mais aussi à faciliter le passage du diplôme à l’emploi, trop lent à ses yeux. Philippe Delhoume (Région Sud) détecte un autre frein : le diplôme n’intègre pas des certifications ou habilitations pourtant indispensables à l’exercice d’un métier industriel. Il suggère de les préparer en même temps. Tous, néanmoins, s’interrogent : quand commencer à préparer aux métiers qui n’existent pas encore mais qui seront au cœur des activités industrielles dans trois ans ? 


Un « outil puissant » pour « une chance » du territoire

Pour Jean-Luc Chauvin, l’industrie ne doit définitivement pas être une cible « parce que c’est l’avenir qu’on obère quand on l’attaque », mais vue comme « une chance » pour continuer à générer emplois, investissements, recettes fiscales et rayonnement pour le territoire en étant plus propre et fière d’elle-même. 

 

Invité à conclure, Jacques Witkowski, préfet de région, va jusqu’à évoquer pour l’industrie provençale « une force de frappe qu’on trouve assez peu ailleurs » pour relever les défis du réchauffement climatique, de la baisse de la natalité, de la gestion de l’eau et de l’énergie, de la souveraineté nationale et européenne, des compensations écologiques… Il entend donc accélérer avec « un outil puissant pour aider son développement » : « D’ici à fin 2026, la zone de l’étang de Berre sera organisée en Opération d’Intérêt National »


(1)    Cokéfaction et raffinage, chimie, fabrication de produits non métalliques (ciment, béton, verre…), sidérurgie et métallurgie, production d’énergie… 

Nos dernières actualités