L'alumine ? Elle est dans nos écrans de téléphone ou nos verres de lunettes. Dans les revêtements de sols ou de surfaces. Dans les batteries de nos voitures hybrides. Et dans bien d'autres applications encore ! "On en a tous besoin", pose d'emblée Patrick Schneider, directeur d'établissement à Alteo Alumina. En 1893, quand l'entreprise Péchiney s'implante à Gardanne, l'usine n'est encore bordée que de champs et d'une mine de charbon. En transformant la bauxite, découverte aux Baux de Provence, avec l'énergie fournie par la mine, elle devient la première usine d'alumine au monde. Étendue sur 45 hectares, traversée par l'ancienne route de Marseille, la silhouette de ses bâtiments, teintés de rouge par la poussière à forte teneur en oxyde de fer, est aujourd'hui devenue indissociable de la ville de Gardanne.
C'est cette entreprise leader mondial en son domaine qu'ont visité les Centaures, le réseau des entreprises centenaires d'Aix-Marseille-Provence, le 22 septembre. Une dizaine d'entrepreneuses et d'entrepreneurs, issus des secteurs du BTP, de l'hôtellerie, des transports, ou encore de l'agro-alimentaire, ont découvert l'usine et ses process. Tout au long d'une cathédrale de tuyaux, cuves, fours de plusieurs dizaines de mètre de long tournant sur eux-mêmes, fonctionnant 24h sur 24, 365 jours par an, l'alumine est cristallisée, calcinée, broyée. En plus de cent ans, les produits et le marché ont fortement évolué. "Dans les alumines de spécialités, nous avons la gamme la plus étendue au monde avec 250 références différentes, souligne Patrick Schneider. Certaines sont stratégiques, comme celle qui permet d'assurer l'étanchéité des stockages de déchets nucléaires, et donc le fonctionnement des centrales."
En parallèle, les attentes environnementales ont amené l'entreprise à se réinventer. En 2015, l'usine stoppe totalement les émissions de "boues rouges" qui, depuis 1966, étaient rejetées dans la mer au large de Cassis. En 2021, Alteo intègre le groupe minier UMSI, qui fixe une ligne directrice : atteindre une alumine verte. Les investissements se multiplient. "En cinq ans, nous avons réduit de 63% notre empreinte carbone, notamment grâce à notre chaudière industrielle électrique, qui est la plus grosse de France, détaille Patrick Schneider. Nous avons réduit de 95% nos émissions de poussière, réduit de 50% nos prélèvements d'eau, 95% de nos déchets minéraux sont désormais valorisés, et l'eau industrielle que nous utilisons ressort de l'usine avec une qualité d'eau de rivière". Sur cette trajectoire, Alteo Alumina vise en 2030, le démantèlement du pipeline qui évacuait ses eaux vers Cassis.
Pour mener tous ces chantiers, Alteo déconstruit une partie de ses anciennes installations pour en construire des nouvelles. "L'usine se reconstruit sur elle-même, note Patrick Schneider. Dans un environnement économique qui évolue toujours plus vite, c'est une des choses qui nous sauve, nous sommes toujours en développement." A près de 140 ans d'existence, Alteo Alumina est un des acteurs industriels majeurs de la métropole, avec 350 emplois directs et plus de 150 équivalents temps-plein en sous-traitance. L'entreprise réalise aujourd'hui 87% de ses 122 millions d'euros de chiffre d'affaires à l'export.
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